Justine VIGNE

Jusqu'à l'adolescence, je n'aurais jamais imaginé un jour reprendre la ferme de mon père ! Depuis toute petite ma vocation était purement artistique, partagée entre le dessin, la musique et le sport.

A 17 ans, la découverte de la philosophie et du yoga m'ont ouvert à un univers plus conscient, qui transforma mon hygiène de vie. Après l'obtention du BAC littéraire en 2007, alors que je visais une carrière dans le graphisme, j'ai intégré une licence d'arts appliqués.

Simultanément, en 2008 je découvrait l'agriculture biologique et un art de vivre "alternatif", sensible à l'humanisme, l'éco-responsabilité et la créativité ...

La rencontre avec un paysan boulanger Drômois a été décisive. J'ai été profondément touchée par les valeurs portées par ce mouvement de paysans créatifs qui vivent de la Terre avec la conscience et le respect du vivant, d'une humanité débordante. Je réalisais alors qu'un besoin vital au fond de moi aspirait à une vie plus proche de la nature en accord avec ces convictions profondes. Travailler derrière un ordinateur et vivre en ville me semblait tout à coup inconcevable, comme à sens inverse de moi-même.

J'ai donc décidé du jour au lendemain de suivre cette lumière intérieure sans réellement savoir où cela allait me mener, en quittant la fac. A leur plus grande stupéfaction, j'expliquais à mes parents que je souhaitais me réorienter vers l'agriculture. Mon père m'inscrit alors dans l'établissement scolaire agricole local, qui m'a permis de faire à ma convenance différents stages de découvertes à dans le monde agricole. C'était mes premiers pas dans l'agriculture et j'étais essentiellement intéressée par la cueillette sauvage et les plantes aromatiques.

Puis ce même établissement me proposa d'intégrer le BTSA d'agronomie qui ouvrait à la prochaine rentrée. C'est alors que durant deux années d'apprentissage j'ai découvert ce qu'était réellement le métier et le quotidien de mon père. De front, je me formais à la panification chez des paysans boulanger et je créa un atelier de panification sur la ferme. Puis je réussi à convaincre mon père de cultiver sur la ferme des céréales anciennes et légumineuses dans règles de l'agriculture biologique (petit épeautre, lentilles, pois chiches), vendues en circuits courts et sous forme de pain.

Après l'obtention du BTS en 2010, je me spécialisais en agriculture biologique via une licence professionnelle, dans l'objectif de m'installer ensuite sur la ferme familiale plutôt en maraichage, ce qui me passionnait beaucoup. L'opportunité de faire mon apprentissage sur un domaine viticole en AB afin d'y développer une activité en maraichage se présenta. Je découvrais alors l'univers du vin et de la biodynamie.

Mais c'est lors d'une dégustation d'un vin rouge vinifié en "Dolia" (amphore, jarre en terre) que j'ai éprouvé une émotion profonde et commencé à développer une passion pour la vigne et le vin.

En 2012, après l'obtention de la licence et un voyage initiatique en Inde, je décidais de chercher un emploi dans le secteur agricole et de développer en parallèle un atelier en maraîchage bio sur la ferme familiale. Pendant un an j'enseignais dans l'établissement agricole du village et m'essayais au maraîchage. Les réseaux professionnels m'encourageaient à la possibilité de continuer mon parcours universitaire. La vigne restait en suspens et un diplôme oenologique me paraissait indispensable pour acquérir la théorie nécessaire pour intégrer cette filière.

En 2013, j'étais acceptée en Master Vigne-vin-terroir à l'université de Bourgogne. Mais après quelques mois, le climat bourguignon et l'exigence scientifique du master me firent douter. De plus, une opportunité hors norme se présentait à moi : celle de gérer le jardin agroécologique d'un monastère Drômois. CDI signé, je quittait à nouveau les bancs de la fac pour repartir m'installer en Provence et vivre cette aventure.

Un an plus tard, en 2014, je ressens le besoin de continuer ce master pour mon projet personnel. C'est ainsi que je remontais en Bourgogne afin de réintégrer le master et je saisi l'opportunité de réaliser les 6 mois de mémoire de fin d'étude sur la Biodynamie, à Narbonne, en partenariat avec l'INRA.

Fin 2016, diplôme en poche, je travaillais à nouveau quelques mois dans l'enseignement avec pour objectif ensuite de partir travailler à l'étranger. En 2017, je saisi l'opportunité de partir faire les vendanges et vinification en Australie pour 6 mois. Ce voyage s'est révélé d'un extraordinaire enrichissement personnel à tous niveaux et particulièrement grâce à la rencontre d'Alex Podolinsky, Biodynamiste mondialement reconnu.

C'est à mon retour en France, pour les vendanges 2017, que mon père me proposa des parcelles de vignes pour commencer mon projet. C'est ainsi que l'aventure du premier millésime s'est mise en route ...!