Mikaël CHARMEIL

Je suis né l'année de la chute du mur de Berlin dans une famille très sensible aux causes environnementales. D'un côté, mes arrières grands parents étaient pêcheurs dans le nord Bretagne et de l'autre, ils étaient paysans dans le centre la région. À la maison, nous mangions bio avant même que le label n'existe.

J'ai grandi près de Rennes. Enfant, je passais le plus clair de mon temps à gambader dans la nature, à pied ou à vélo, seul ou accompagné sur les sentiers de la petite commune où j'ai grandi. J'adorais m'imprégner de son essence, des bruits du ruisseau de la vallée, du bruissement des feuilles d'arbres, du chant des oiseaux. Lorsque j'étais à la maison et jusqu'à tard, je vivais dans ma bulle, à me raconter des histoires avec les playmobils ou simplement à écouter de la musique.
L'été, lorsque j'allais voir mon pépé à la campagne, je n'avais de cesse que de vouloir construire des cabanes dans les arbres et d’allumer des feux de camps. Lorsque j'allais voir ma mémé au bord de la mer, j'apprenais à naviguer à la voile sur les magnifiques eaux capricieuses et rocailleuses de la Manche. Bref, je me suis approprié la nature ou peut-être l’inverse finalement…

Adolescent, j’ai été moniteur de raids voile bénévole durant les grandes vacances. Autour de cette pratique ludique et des voyages que j’ai pu réaliser par la suite à la force du vent, j’ai pris conscience qu’il était possible d’atteindre un bien-être indescriptible avec un confort matériel assez sommaire. Ce dernier résidait en particulier dans la qualité du sommeil, celle des repas, dans la proximité avec le milieu naturel environnant ainsi que dans la qualité des interactions entre les personnes constituant l’équipage… Bref, tant de points d’une simplicité inouïe à laquelle on ne fait généralement pas suffisamment fi, surtout lorsque l’on est pris par nos vies de terriens occidentaux. Bien que ce milieu parfois hostile ne convienne pas à tout le monde, c’est en pleine mer que la graine de ce projet a d’abord germé.

En 2007, à la sortie du lycée, après avoir suivi une filière générale scientifique, j’ai fait le choix de m’orienter vers une profession médicale car j’ai toujours été animé par l’envie de prendre soin d’autrui. Cela m’a conduit à entamer des études de pharmacie pour leur enseignement généraliste et leur ouverture aux sciences naturelles (botanique, pharmacognosie, mycologie, biologie animale…). Fin 2017, j’ai clôturé ce cursus par l’écriture d’une thèse d’exercice sur l’usage des huiles essentielles en milieu hospitalier, pour obtenir le diplôme d’état de docteur en pharmacie.

En parallèle, j’ai exercé en tant que pharmacien remplaçant dans l’ouest de la Bretagne durant environ trois ans. Pendant ces années au sein du système de santé français, en quête perpétuelle de sens et de profondeur dans mon quotidien, j’ai vite été oppressé par ses limites. C’est ainsi que j’ai observé l’état de santé global de mes concitoyens en fonction des contextes géographiques et sociaux/professionnels, pour établir des ponts entre la santé des hommes, l’environnement, la nourriture, le stress du quotidien, le virtuel et notre société.

Les avancées scientifiques et technologiques de ces dernières décennies ont eu le mérite de faire progresser de manière considérable la qualité du service de soin proposé dans nos pays développés. Néanmoins, j’ai pris conscience des dérives et impasses de ce dernier, entre autre face à des pathologies d’actualité telles que les burn-out et les dépressions. Dans ces situations humainement touchantes, je me suis trop souvent senti impuissant en tant que professionnel de santé derrière mon comptoir. J’avais bien trop l’amère sensation de surfer sur un système superficiel qui s’attache à vendre des pansements chimiques, au lieu de réellement chercher à promouvoir la cicatrisation des plaies directement liées aux mauvaises hygiènes de vie, clairement induites par notre modèle de société.

D’observations en observations, de remplacements en remplacements, une sorte d’intuition m’a conduit à revenir vers celle de laquelle je m’étais éloigné, celle qui me manquait, celle qui nous nourrit tout un chacun. Je savais que mes parents possédaient quelques terres familiales vacantes dans le centre de la région et petit à petit, l’idée d’essayer d’en faire quelque chose m’est venue tout en valorisant chacune de mes expériences de vie. Des images m’enivraient, des souvenirs : les épis de blés au vent, le chant des sauterelles, l’odeur du pain fraichement défourné… Et progressivement, je suis entré en contact avec les réseaux de semences paysannes et ceux des paysans-boulanger de ma région. L’engagement de ces personnes en faveur de la biodiversité cultivée, de modèles agricoles à taille humaine autour d’agro-écosystèmes diversifiés, leur sensibilité, la force et la beauté des convictions de ces individus ont achevé de me convaincre, malgré des quotidiens parfois difficiles, à contre-courant du modèle dominant.

C’est ainsi que l’année dernière, j’ai réalisé une formation bi-diplomante dans un lycée agricole qui m’a permis d’obtenir un Brevet Professionnel de Responsable en Exploitation Agricole avec une spécialisation de paysan-boulanger, ainsi qu’un Certificat d’Aptitude Professionnelle de boulanger. Le premier me donne le droit de prétendre au statut d’agriculteur et le second à celui d’artisan. En ce moment, je suis entrain de suivre une dernière formation certifiée par la Fédération Française d’Équitation, pour devenir Meneur Accompagnateur en Tourisme Equestre, ce qui me permettra d’être habilité à proposer des animations autour de la traction animale ainsi que de l’attelage...

La suite s’écrira entre autre grâce à votre aide qu'elle soit financière ou bien un simple partage avec vos proches. merci